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PAROLES...

 


Charles Juliet
Journal IV

"Tchangodei a maintenant réalisé une dizaine de disques. En solo ou en dialoguant avec un ou deux musiciens. Parfois, il vient prendre un café à la maison et j'aime tout particulièrement les moments que je passe avec lui.
Il a un flair étonnant pour capter les êtres, les percer à jour, discerner s'ils ont ou non accompli le voyage intérieur. Cela peut surprendre, mais il est vrai qu'il suffit parfois de peu de chose- un mot, un regard, une certaine manière de poser la bonne question- pour situer quelqu'un, savoir s'il a rejoint son centre, s'il parle en son nom et en fonction de ce qu'il faut avoir compris.

Cette attitude à percevoir l'autre, sans doute Tchango la possède-t-il de naissance. Mais je suppose que le fait qu'il soit noir l'a considérablement développée. En fait, en raison du racisme, il doit toujours se maintenir sur ses gardes, être à même de très vite évaluer l'autre, de très vite ressentir à qui il a affaire. En certain cas, une seule erreur d'appréciation pourrait avoir de lourdes conséquences.

Il me parle bien sur de musique. De musiciens qu'il connaît. De ceux qui n'ont pas l'expérience de la chose, et qui font illusion à ceux qui tournent autour d'elle mais ne l'ont pas rencontrée.

Aujourd'hui, Tchango m'a fait la surprise de venir avec Mal Waldron qu'il connaît assez bien et dont il m'a parlé à plusieurs reprises. C'est un homme qui a une réelle densité. Il a quitté les Etats-Unis depuis plusieurs années et il vit maintenant à Munich. Il se rend souvent au Japon où il est très apprécié. Nous avons parlé de choses et d'autres, un peu de Coltrane, mais ils ne sont pas restés longtemps, et je les ai vus partir à regret."