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PAROLES...

 

Lyon Mag' - décembre 1998

Depuis une quinzaine d'années, Tchangodei joue avec les plus grands noms du jazz. Don Cherry, Archie Shepp, Steve Lacy... Originaire du Bénin, ce lyonnais d'adoption vient de sortir son quinzième album. Interview.

Comment êtes vous devenu musicien ?
Il y a toujours eu de la musique autour de moi. Depuis que je suis tout jeune… Mais je n'ai jamais écouté la musique d'une oreille distraite. Au contraire, la musique faisait naître en moi des émotions…
Elle avait sur moi un effet étrange, comme une force extraordinaire…

Avant même de jouer ?
Oui, parce que la musique c'est d'abord un désir qu'on a en nous. Jouer d'un instrument ce n'est qu'un prétexte. L'essentiel c'est cette énergie…

Pourquoi avez vous choisi le piano ?
Ç'a s'est fait assez naturellement. En fait, je crois qu'on a tous un son particulier au fond de nous.
Moi, c'était celui du piano. Je l'ai senti dès l'âge de 8 ans.
La première fois que vous avez joué du piano ?
Quand je suis arrivé dans la région. J'avais 12 ans à l'époque et pour la première fois je me suis retrouvé derrière un piano. C'était celui de la maison des jeunes de mon quartier. Tout de suite j'ai été fasciné.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans cet instrument ?
Son indépendance. C'est un instrument qui permet de jouer en solo. C'est aussi un instrument qui a beaucoup d'autorité. Un véritable chef d'orchestre. C'est lui qui donne les accords à d'autres musiciens.
Qui vous a appris à jouer ?
J'ai appris tout seul. Personne ne m'a dit comment tenir ma main sur le clavier, personne ne m'a appris les notes, je n'ai fait aucune école… Et je ne le regrette pas. Au fond j'ai vraiment eu de la chance.

Pourquoi ?
Comme dit Miles Davis " Les écoles ne vous apprennent qu'à jouer les musiques des autres " en plus je trouve que ça crée des générations de menteurs, des gens qui se planquent derrière leur savoir.
En fait rien de sorcier, j'ai appris à jouer les standards en six mois.
Monk et tous ceux que j'aime n'ont pas moisi dans les locaux scolaires.

La musique des autres, ça ne vous intéresse pas ?

On a tous besoin des autres. Mais pour créer, il faut tuer l'autre. Et moi, j'ai tué l'autre tout de suite.
Un musicien qui vous fascine ?
Brel parce que justement il passait son temps à essayer d'oublier ce qu'il avait appris.

La technique c'est important quand même !

Non la technique est même dangereuse car elle a tendance à tuer la création. Malheureusement, aujourd'hui, la technique est devenue une valeur essentielle. Dans tous les domaines ce qui compte ce n'est pas le message, mais le paraître et l'apparence.

Même en musique ?

Bien sûr. Le piège maintenant c'est que tout le monde joue très bien, tout le monde est propre sur soi,
mais ils ne sont pas reliés à cette source intérieure. Le savoir faire a pris le pas sur l'expression sur le contact direct