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PAROLES...

 


Portrait par Charles Juliet

Tchangodei est né au Bénin. Famille de neuf enfants.

Les ancêtres de cette famille comptent de nombreux musiciens. Et aussi, des " griots ", hommes qui reçoivent une initiation, possèdent des " pouvoirs ", ont rôle de garder et transmettre la tradition.

Sa passion pou la musique grandit, devient de plus en plus exigeante. Il passe le plus clair de son temps à écouter des disques. Chaque fois qu'il peut, il s'introduit clandestinement dans un foyer de jeunes, et durant des nuits, joue du piano s'exerce à reproduire les morceaux qu'il aime. Bientôt il en vient à admettre qu'il est musicien. Qu'il sera pianiste.

Il se forme tout seul, sans l'appui ni les conseils de quiconque. Il écoute le plus grand nombre possible de musiciens :
les blues men, Billie Holliday, Ray Charles, Earl Hines, Teddy Wilson….
Il comprend que les musiciens qu'il aime parlent tous un même langage et découvre cette évidence. La musique n'a d'autre source que la vie. Elle exprime la vie, permet de mieux en jouir. La rencontre de la musique de Monk marque pour lui une date importante. Au début elle le déconcerte, le tient à distance. Mais progressivement, il en perçoit la complexité et la richesse. Fondée pour une grande part sur des dissonances, elle lui apparaît totalement différente de ce qu'il a écouté jusqu'alors, et elle lui ouvre de nouveaux horizons.

Puis sa préférence se porte sur Cecil Taylor, qui se situe aux antipodes : flux continu de la masse sonore torrentueuse, proliférante gonflée d'une énergie sauvage, tendue, agressive. Tchangodei se sent en profond accord avec cette musique submergeante, qui charrie des tensions, exprime une attitude face à la vie, en lesquelles il se reconnaît.

Il pénètre plus en avant en lui-même, s'emploie à réaliser son unité, approfondit sa réflexion sur la musique. Ses intuitions s'affermissent, et sa pensée se donne une assise dont elle recevra désormais assurance, force, sérénité.

Il commence à se produire en public, dans des clubs ou en concert. Mais il lui faut encore un long temps avant de pouvoir entrer en dialogue avec d'autres musiciens.

A ce jour, il a gravé une quinzaine de disques. Les premiers, en piano solo. Les autres, avec des partenaires qui ont nom Steve Lacy, Georges Lewis, Louis Sclavis, Oliver Johnson, Steve Potts, Archie Shepp. La rencontre de ces musiciens, sa confrontation à leur musique - notamment celle de Steve Lacy et de Archie Shepp - a été pour lui source d'enrichissement. Il voue une particulière admiration à Mal Waldron, un homme riche de grandes qualités humaines, et qui incarne à ses yeux l'artiste tel qu'il le conçoit : un être anonyme, vaste, plein d'amour, qui sait capter la vie et exprimer en un langage adéquat les émotions qu'il en reçoit.

 

Pour dresser un portrait de Tchangodei, Lyon Mag' donne la parole à l'écrivain et poète lyonnais Charles Juliet :

" Je l'ai rencontré il y a une vingtaine d'années dans un café. Je l'avais remarqué parce qu'il lisait un bouquin de Krishnamurti, un grand sage indien. Ç a m'a frappé de voir ce jeune noir s'intéresser à cet auteur que personne ne lisait à l'époque. J'ai engagé la discussion avec lui et on est devenu amis. Tchangodei est un personnage unique, solitaire, assez mystérieux, toujours habillé en noir, un chapeau sur la tête…
J'aime bien son regard sur la vie. C'est quelqu'un qui s'est fait tout seul, il n'est pas encombré par un savoir. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une culture impressionnante.
Sa musique est pleine de sauvagerie. Je suis souvent allé l'écouter au Bec de jazz, son club au bord de la Saône. Aujourd'hui, il s'est installé sur les pentes de la Croix Rousse. C'est là-bas qu'il répète. C'est un endroit assez attachant. Aux murs il a accroché sa peinture : des toiles abstraites, inspirées par l'œuvre de l'artiste hollandais Bram Van Velde. Pour lui c'est un autre moyen d'exprimer son besoin de liberté. "